Il pleuvait à verse sur les montagnes déjà brumeuses d'Iwerin.
Un orage assourdissant semblait vouloir détruire les immenses palais des Valar. La foudre s'abattait, sans répit, et dans ces maigres intervalles où la lumière régnait, on pouvait distinguer une silhouette émerger des monts sereins. On aurait dit, à première vue, que la créature faisait partie de la grisaille répandue par les nuages grondeurs. Pourtant, peu à peu l'individu se détacha de ce sombre tableau.
C'était un homme moyen aux cheveux sûrement gris, vêtu de larges habits où se mélangeaient brun, bleu et gris. Il marchait paisiblement, les yeux fermés, descendant tranquillement un sentier chaotique et ancien partant des montagnes pour mener au temple d'Hitheithel, unique refuge proche et capable de contenir la colère d'un Manwë tonnant. Devant le déchaînement du Roi des dieux, pourtant connu pour sa tempérance et ses rares accès de rage, Aethuwyr ne cillait pas.
Il avançait sous la grêle et les éclairs d'un pas calme. Posée sur son visage impavide, sa flutte de pan sifflait joyeusement un air, ridicule note se perdant dans le vacarme divin. Cette mélodie moqueuse, si infime qu'elle était, s'amusait à dissonner, à troubler l'orchestre céleste qui jouait avec sollenité et violence leur air le plus brutal. Elle s'envolait d'une tierce à une quinte, voltigeait comme le ferait un papillon, fragile et intouchable.
Après de nombreuses minutes passées sous les traits glacés de Manwë, après avoir subi le tonnerre et la nuit dans le jour, le jeune bâtard arriva enfin au temple.
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Surpris par cet orage si soudain, les quelques prêtres du temple et les rares profanes qui s'étaient aventurés si loin s'étaient un peu affolés. On courrait en tout sens, on essayait de crier au dessus du tonnerre pour se faire entendre ou se plaquait contre un mur en se cloîtrant dans le mutisme.
Devant l'agitation qui régnait dans la vaste salle de méditation du temple, on aurait pu se dire que le chaos de l'orage s'était propagé.
Cette légère débâcle empêcha les prêtre de souhaiter la bienvenue convenablement à Aethuwyr qui venait demander refuge. D'ailleurs, lorsqu'on s'aperçut que le jeune homme était venu des montagnes, il s'était déjà lourdement assis sur le sol nu du temple, harrassé par la fatigue, et savourait un bouillon qu'un prêtre lui avait offert, taciturne, son énorme épée sur ses genoux.
Lorsqu'un prêtre décida enfin de faire la conversation, le jeune homme finissait de se recueillir et de murmurer silencieusement une prière devant les symboles de Manwë.
"Salut à toi, fils de mon dieu. Pardonne-moi de troubler ton repos, s'excusa le prêtre, mais j'ai vu que tu étais venu des montagnes, et non pas du chemin de l'Escalier. Je me nomme Amring, et toi, quel est ton nom ? Puis-je te demander ce que tu faisais dans les montagnes d'Iwerin ?
"..., fit le visage fermé d'Aethuwyr.
"Je vois, tu es... tu es fatigué. Repose-toi bien, puis il dit pour lui-même alors qu'il laissait seul son vis-à-vis, et puissent les Valar te donner envie de causer la prochaine fois.
"..., le salua le Samildanach."